Sudbury School Gent

1. Salle de réunion

Salle de réunion à l’école servant pour les assemblées générales, pour les discussions et pour certaines rencontre de comité.

Premier arrêt de ce voyage à Gent (Gand) en Belgique où j’ai visité une petite école d’une employée à temps plein et de 17 élèves: http://www.sudbury.be (si vous lisez le Flamand). L’école existe depuis cinq ans et est située en périphérie de Gent dans un bâtiment résidentiel. Ce n’est pas le premier bâtiment que l’école occupe. L’organisation a d’ailleurs eu des difficultés à louer un emplacement qui corresponde à ses attentes. Elle occupa d’abord une ancienne infirmerie abandonnée qui devait être démolie sous peu. Ils ont pu y commencer l’école gratuitement et avoir un temps (quatre mois) pour trouver quelque chose d’autre. Ensuite, ils ont loué une maison qui ne correspondait pas vraiment à leurs attentes car il y avait très peu d’espace, peu de terrain et c’était sur une rue très passante. Ils y sont restés pendant un an. Maintenant, le bâtiment qu’ils occupent est satisfaisant pour le nombre d’élèves, mais ils vont devoir trouver autre chose s’ils veulent grossir.

Comme le nom de l’école l’indique, elle s’inspire du modèle de l’école Sudbury Valley à Farmingham, aux États-Unis. Une des particularité qui distingue les écoles Sudbury des autres écoles libres est que les enseignants ne proposent ni cours ni activité. Ils font partie de la communauté au même titre que les élèves. Ce sont donc les jeunes et les adultes qui organisent la vie de l’école en créant des comités et en s’y impliquant ( sorties, accueil des nouveaux, engagement des profs, comité de justice, comité des fêtes, comité des multimédias, etc.). Tout est donc mis en place pour que les élèves se sentent responsables de ce qui arrive à l’école : les adultes ne sont pas là pour leur organiser des activités. Il existe beaucoup de documentation expliquant le modèle de l’école Sudbury. Plutôt que d’en faire une description exhaustive je vous recommande le site internet http://www.sudburyvalleyschool.org/ où il y a énormément d’informations.

1. bureau 3e-WEB

Espace de travail pour petits et grands

Une nouvelle loi en Belgique ferait entrer cette école dans la catégorie de l’école à la maison, et cela aurait comme effet que les enfants devraient subir une évaluation du gouvernement. Les élèves ainsi que l’employée étaient au courant de la loi qui s’en venait et ont fait un travail en aval afin d’éviter qu’elle entre en vigueur. Ils ont entre autres contacté un politicien qui devait voter cette loi, mais ils ont senti qu’il ne comprenait pas les enjeux qu’ils exprimaient. Ils sont allés au parlement flamand pour voir comment les politiciens parlaient de cette nouvelle loi et ont constaté que cela ressemblait à un cirque en comparaison de leur assemblée d’école. Ils ont fait appel à un avocat, spécialiste de la constitution ; la constitution belge garantit aux parents le droit d’élever leur(s) enfant(s) en accord avec leurs valeurs religieuses ou philosophiques. En ce sens, la nouvelle loi serait anticonstitutionnelle. Ils sont donc en cour afin de contester cette loi. À noter que la décision d’aller en cour pour contester la loi (donc de payer pour engager un avocat) a été prise en assemblée générale, ce sont donc les élèves en bonne partie qui ont pris cette décision.

Une journée à l’école Sudbury de Gent

Les heures d’arrivée et de sortie sont flexibles. Lorsque les élèves arrivent ou partent, ils inscrivent l’heure sur une feuille affichée au babillard. Cette feuille sert à compiler les présences et à montrer aux autorités que l’école est en règle, car il y a un nombre de 23 heures de présence obligatoire à l’école par semaine. C’est cependant la responsabilité de la famille et de l’élève de s’assurer qu’il est présent à l’école un certain nombre d’heures. Il n’y a pas de surveillance ou de suivi par l’employée de l’école, et de toute manière, beaucoup d’élèves passent plus de temps à l’école. La flexibilité des heures d’arrivée et de départ fait en sorte que les gens arrivent au compte goutte durant tout l’avant-midi et ont parfois de la difficulté à quitter en après-midi, puisque ce qui se passe à l’école est trop intéressant (les parents en profitent pour parler bien sûr). Les élèves ont de 4 à 16 ans ( l’école peut accueillir de 2,5 à 18 ans) et il n’est pas rare de les voir se mélanger, c’est-à-dire de voir un plus vieux aller jouer avec les petits, ou un petit qui observe et joue avec les plus vieux.

On observe une atmosphère calme et détendue dans l’école, chacun étant occupé à ses propres affaires ou à un jeu de groupe, les enfants n’ont pas le temps d’être en conflit. Ces derniers sont vite réglés, souvent sans intervention d’adulte, pour continuer à jouer. Il n’y a ni horaire, ni cloche, ni pression des adultes pour faire quoi que ce soit : les assemblées hebdomadaires ne sont pas obligatoires, les comités se rencontrent lorsqu’ils le veulent, les gens mangent lorsque ça leur tente, ils décident eux-mêmes de changer d’activité. Ils ont aussi l’entière liberté de ne rien faire s’ils le décident, il n’y a personne pour juger si les élèves utilisent leur temps de façon productive.

Il n’y a pas de cours de proposés, les enfants plus jeunes jouent en groupe la plupart du temps, parfois avec des adultes (parents, bénévoles, visiteurs) ou avec des élèves plus vieux. Ceux-ci jouent avec les enfants plutôt que de contrôler le jeu avec des règles ou des limites. Celles-ci étant déjà établies en groupe dans les assemblées, tous ont la responsabilité de les rappeler.

1. livres 4-WEB

Quelques livres des éditions de la Sudburry Valley School trouvés dans une bibliothèque consacrée à l’éducation et aux principes de l’école.

Les plus vieux discutent, étudient, jouent (ordinateur, jeux de société, avec les plus jeunes) et gèrent la vie en communauté en faisant des assemblées et en participant à des comités. Si les élèves décident qu’ils veulent un cours, ils peuvent en faire la demande en assemblée et un comité se chargera de trouver un prof si la demande est acceptée. Le rôle de l’employé est surtout d’entretenir la vie de communauté en discutant avec les parents et les élèves et en participant aux assemblées et comités. L’employée de l’école n’agit pas au titre d’enseignante : elle donne très rarement des cours, seulement si un élève le lui demande. Elle participe aux assemblées, à différents comités et elle discute souvent dans la salle à manger avec des intervenants, visiteurs, parents et enfants.

Gouvernance

L’assemblée d’école est la plus haute autorité et se déroule toutes les semaines. Sous l’assemblée, il y a les comités qui sont spécialisés selon certains sujets : multimédia qui s’occupe de la flotte d’ordinateur, secrétaire qui s’occupe d’animer les assemblées, justice qui s’occupe de la gestion des plaintes, engagement des profs qui cherche des enseignants s’il y a une demande de cours, fête, etc. Les comités peuvent prendre des décisions de leur domaine et proposent des idées à discuter en assemblée. Expliquée autrement, l’assemblée délègue de ses pouvoirs lorsqu’un comité est créé. Les comités sont formés par les élèves et souvent l’employée. Ils se rencontrent de manière plus ou moins formelle selon les besoins. Les élèves peuvent s’impliquer dans un comité s’ils veulent participer à la vie de la communauté ou peuvent faire des propositions directement en assemblée.

La structure de gouvernance est bien comprise par les élèves que j’ai rencontrés et ils s’y impliquent. Cette transparence et cette ouverture aux prises de décisions témoignent d’une réelle confiance envers les enfants : ils sont en mesure de répondre à leurs besoins, et ce, de manière plus efficace que si un adulte organisait leur horaire. Les jeunes ont l’occasion de prolonger une activité aussi longtemps qu’ils le souhaitent, et ils organisent la transition entre les jeux par eux-mêmes. Aussi, les élèves sont responsables les uns envers les autres, ils ont une forme d’autorité pour faire respecter les règles qu’ils ont votées puisqu’ils ont le pouvoir de faire une plainte si une autre personne ne respecte pas un règlement. Aussi, ils se sentent responsables puisqu’ils ont participé à leur mise en place.

Le processus de plaintes est connu de tous, les plaintes sont gérées par le comité de justice et il ne cherche pas à trouver des coupables, mais plutôt à comprendre les besoins de chacun et trouver une solution satisfaisante pour le plaignant et l’accusé en considérant les règles qui ont été votées en assemblée. Lorsque j’étais présent, la majorité des plaintes concernaient les règles du ménage.

Témoignages

Les élèves à qui j’ai parlé m’ont rapporté avoir vécu un gros changement en rapport à leur ancienne école. Ils apprécient maintenant la mixité des âges puisqu’ils peuvent prendre le rôle de tuteur, aider et jouer avec les plus jeunes. Aussi, ils sentent que cette relation les aide à mieux se connaître comme personnes. Ils ne sentent plus la pression d’avoir de bons résultats; cela a pour effet qu’ils se sentent plus en confiance ou en santé. Ils ont la sensation que le travail qu’ils font, ils le font pour eux et non pour prouver aux autres (adultes) qu’ils sont intelligents. Aussi, ils apprécient avoir le pouvoir de s’impliquer significativement dans le fonctionnement de l’école, ils sentent qu’ils sont les premiers responsables de ce qui leur arrive, s’ils s’ennuient, c’est à eux-mêmes de se trouver quelque chose à faire. Ils sentent qu’ils prennent le contrôle de leur vie et de leur personne.

Relation avec les parents

Certains parents qui y inscrivent leur(s) enfant(s) ne sont pas nécessairement en accord avec tous les principes de l’école. Ils les inscrivent parfois parce que l’enfant ne répond pas bien à l’école traditionnelle. Cela peut mettre les jeunes dans une situation incohérente entre l’école et leur famille. Pour cette raison, l’école organise des soirées d’information afin d’expliquer le mode de fonctionnement et la philosophie de l’école. Un des principaux enjeux est de faire diminuer la pression sur les enfants afin qu’ils se sentent en toute liberté dans leurs apprentissages. En effet, certains parents entretiennent des attentes de résultat envers l’école ou ont des doutes. Il y a donc un travail constant d’explication et de réaffirmation des principes de l’école. Aussi, ces soirées d’information permettent aux parents de mieux comprendre les principes de l’école afin d’être en mesure de répondre d’abord à leurs propres questions, mais aussi aux questions de leur entourage et leur famille. Des parents s’impliquent dans l’école en venant jouer avec les enfants et en faisant du bénévolat. Certains veulent faire des propositions et ainsi influencer le fonctionnement de l’école ce qui va à l’encontre de la structure des écoles Sudbury puisque les décisions doivent être prises durant les assemblées d’école où les parents ne sont pas admis.

Mots de la fin

Dans cette école Sudbury, j’ai été en contact avec des enfants et adolescents qui ne vivent aucune pression de la part d’enseignants ou de l’école. Les écoles Sudbury refusent le rôle de l’adulte comme un enseignant qui doit montrer et laissent donc énormément de pouvoir et de choix aux enfants. Sur le spectre des écoles libres et démocratiques, elles sont parmi celles qui laissent le plus de pouvoir aux enfants. Ceux-ci étaient émancipés, responsables, participaient à la vie de la communauté et appréciaient la confiance que leur témoignaient les adultes.

Jean-Simon Voghel est un jeune enseignant à la retraite. Il est également un des membres-fondateurs du RÉDAQ.

 

 

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