Bildungsschule

4. Vue de Harzberg-WEB

Harzberg est un minuscule village isolé de la campagne Allemande.

J’ai visité pendant trois jours la Bildungsschule à Harzberg. C’est une petite école démocratique qui accueille 28 élèves de la 1ère à la 4e année. Elle se situe dans un minuscule village, la plupart des enfants habitent les villages des alentours et les parents organisent du covoiturage pour le transport scolaire. Le bâtiment accueille la maison des deux enseignants aux 1er  et 2e  étages et l’école est au rez-de-chaussée. Un vaste terrain permet plusieurs activités à l’extérieur: aire de feu, accès à la forêt, cabane dans un arbre, trampoline, matériel de sport, etc. L’école se distingue des autres écoles démocratiques que j’ai visitées parce qu’elle accueille seulement des jeunes enfants.

Le bâtiment comporte deux grandes salles, une salle de jeu avec ordinateurs dans laquelle se déroulent les assemblées et une salle avec une grande table où les élèves viennent travailler avec les enseignants et où on mange le diner. Aussi, il y a deux plus petites salles, une avec des ordinateurs et l’autre avec des livres. Il y a beaucoup d’espace de travail réparti dans toutes les salles. Pour les cours de musique, on utilise une pièce au dernier étage dans la maison des enseignants. Une orthopédagogue est là durant les avants midi et des enseignants d’anglais et de musique viennent parfois pour des leçons de groupe (5 à 10 enfants). Les élèves suivent le programme officiel et l’école, quoique privée, est entièrement financée par le gouvernement.

Une journée à Bildungsschule

4. Salle d'assemblée-WEB

Salle d’assemblée au petit matin, la banquette et le banc seront bientôt remplis d’enfant et malgré toute cette activité, la tour de Kapla restera debout.

À 8 h, l’école ouvre et les enfants ont jusqu’à 8 h 30 pour arriver. À ce moment, le président de l’assemblée appelle tout le monde pour une première réunion.  Les élèves sont obligés de participer aux réunions, la raison évoquée est que si on veut que la démocratie fonctionne, il faut que tous y participent.  Par contre, les adultes de l’école ne sont pas obligés d’y participer, souvent ils sont absents de la pièce ou à l’extérieur du cercle, ne participant pas aux échanges. Durant les assemblées, certains conflits sont résolus ; il n’y a pas de règle écrite, les conflits qui ne sont pas réglés par les enfants concernés se règlent par l’assemblée avec des propositions de solutions et en votant à main levée. Un autre rôle de l’assemblée est de permettre aux enfants de présenter le travail qu’ils ont fait et on les applaudit. Durant l’assemblée, il y a souvent un adulte qui lit une histoire, pose des questions en anglais ou des questions de géographie. Cela se fait selon la volonté de l’adulte dans une optique pédagogique et parfois l’adulte pose des questions pour connaître l’intérêt des enfants (par exemple pour l’histoire).

L’animation et la gestion de l’assemblée se font par le président et les adultes ne font aucune intervention pour donner le droit de parole ou organiser les votes, sauf dans la situation où le président est débutant.  Le président de l’assemblée change toutes les semaines et est choisi selon l’ordre alphabétique et le désir de l’enfant de tenir ce rôle. Les enfants ont choisi cette méthode afin de laisser la chance à tous d’être présidents. Avant, le président était élu et les plus vieux élèves étaient souvent plus populaires.

Lorsqu’il y a un élève qui dérange les autres, ce sont souvent d’autres élèves qui interviennent discrètement pour demander le silence. J’ai été étonné du calme, de l’autonomie et de l’attention des enfants durant les assemblées, je croyais que leur jeune âge allait rendre l’exercice difficile.  À la fin de l’assemblée, le président demande à chaque élève ce qu’il va faire comme travail, ensuite ce dernier s’installe où il le désire pour la première période. Si un enfant ne sait pas quoi faire ou ne veut rien faire, d’autres élèves ou les adultes peuvent lui faire des propositions et parfois, selon les cas, le laisser ne rien faire.

La plupart des enfants travaillent seuls ou en petites équipes. Les enseignants accompagnent seulement ceux qui ont de la difficulté ou ceux qui ne veulent pas travailler (qui se désorganisent comme on dit dans le jargon…). Ils les aident à se concentrer sur la tâche et leur proposent de l’aide personnalisée; ils connaissent bien chaque élève et savent ce qui peut leur convenir comme intervention. L’intérêt des jeunes pour leur  tâche est variable, certain s’occupe à la même activité toute la journée et continuent durant les pauses, d’autres se demandent quoi faire, prennent des pauses, discutent, mangent et semblent chercher les distractions. Même si la plupart des élèves acceptent l’aide des adultes, certains s’opposent passivement aux demandes ; ils s’intéressent à autre chose. Cela place les adultes devant un choix, soit ils n’interviennent pas, soit ils tentent de ramener l’enfant au travail en apportant une modification, en expliquant ou en aidant l’enfant à trouver une autre activité. Aussi, on souligne les efforts et les réussites durant les assemblées pour motiver les enfants.

Après la première période d’une heure, il y a une pause de 20 minutes. On entend alors des exclamations joyeuses de jeunes qui courent vers l’extérieur et on remarque que plusieurs enfants continuent leur travail. Durant la pause, il n’y a pas de surveillance à l’extérieur, comme dans la plupart des écoles démocratiques ou libres, on fait confiance aux enfants pour gérer eux-mêmes leur conflit (s’il y en a) et respecter les règlements qu’ils ont eux-mêmes décidés.

Après la pause, il y a une 2e assemblée qui fonctionne de la même manière que la première.  Les enfants ont ensuite une 2e période de travail qui se termine par une 3e assemblée.  La journée scolaire prend alors fin, les enfants peuvent retourner chez eux si un parent vient les chercher,  les autres restent avec une dame pour manger et choisissent en groupe une activité. Parfois, l’adulte propose des activités à faire. L’après-midi est donc plus libre, les enfants sont la plupart du temps à l’extérieur. Durant les trois jours que j’ai été à l’école, ils descendaient une côte en skate, jouaient au hockey (ils voulaient profiter du Canadien en visite !), préparaient du pain banique pour cuire sur un feu et faisaient des jeux libres.

Philosophie et gouvernance

4. Salle de diner et de travail-WEB

Salle de travail et table pour le diner. Au fond, une mosaïque de visages d’élèves actuels et anciens.

La gouvernance de l’école se vit quotidiennement et de manière informelle durant les assemblés et par les décisions des adultes. Étant donné que j’ai déjà expliqué la forme que prennent les assemblées dans ma description d’une journée, je veux attirer votre attention sur la philosophie derrière cette manière de fonctionner.

Les enseignants admettent que leur école ne correspond pas aux modèles des écoles libres ou démocratiques les plus souvent cités. Ils ne sont pas d’accord avec la totalité du discours des écoles démocratiques qui selon eux dévalorise l’apprentissage en permettant aux enfants de jouer tout le temps. C’est injuste pour un enfant d’avoir à choisir entre le jeu ou l’apprentissage. Pour qu’il développe son plein potentiel, un enfant doit avoir le sentiment qu’il apprend à l’école et les apprentissages ici se définissent par le programme du gouvernement. Les enseignants ont voulu trouver leur propre modèle et expliquent leur démarche en disant qu’ils veulent accorder une place de choix à l’apprentissage en prônant une démocratisation des méthodes d’apprentissage. C’est-à-dire que les enfants ont le choix d’apprendre ce qu’ils veulent, au moment qu’ils le veulent et de la manière qu’ils veulent, mais dans le cadre décidé par l’adulte, c’est-à-dire la plupart du temps assis à une table ou à un ordinateur. Par exemple, il ne serait pas possible pour un enfant de vouloir apprendre le tir à l’arc, même s’il y a de nombreuses notions de mathématiques et de physiques à apprendre ainsi que le développement de la motricité fine et globale. Dans ce cadre, les élèves ont tendance à reproduire les stéréotypes de projets ou d’activités scolaires comme des présentations PowerPoint, des feuilles de calcul et de l’écriture.

Par contre, plusieurs aspects des écoles démocratiques sont présents dans l’établissement, entre autres la préoccupation de bâtir une relation de confiance avec les enfants et d’inclure les jeunes dans la gestion de l’école, le choix des règlements et le choix des activités qu’ils font. Les adultes ne planifient pas systématiquement les apprentissages des jeunes, il n’y a pas de manuel ,ou de cahier d’exercices. Les jeunes apprennent en faisant des projets ou en faisant des exercices que les adultes leur donnent selon ce qu’ils veulent accomplir. On veut s’assurer que les enfants aient du plaisir dans l’apprentissage et pour cela, on accorde une place importante à la différenciation pédagogique en laissant beaucoup de choix : possibilité pour les élèves de travailler une semaine complète sur le même sujet ou travail et possibilité d’avancer à leur rythme. Ils peuvent choisir leurs partenaires de travail, choisir la place qu’ils vont prendre et choisir leur sujet, ils peuvent aussi choisir la forme que prendra leur travail.

L’école est petite, les enseignants sont un couple qui habite dans le même bâtiment que l’école. Ils font toutes les tâches de secrétariat, d’entretien, de comptabilité, etc. Cela leur permet d’avoir une cohérence et un discours fort au sein du personnel de l’école, il y a peu ou pas de discussion qui remette en question le fonctionnement de l’école. Un des enseignant de l’école est lui-même chercheur et a publié plusieurs ouvrages. Il y présente le mode de fonctionnement de l’école et explique comment mettre en place une éducation individualisée. Il y montre aussi les résultats des élèves qui sont passés dans son école. Le centre de son concept est qu’il faut démocratiser les méthodes d’enseignement et les rendre accessibles. Une de ses préoccupations est de démontrer que le modèle de l’école démocratique fonctionne et atteint les mêmes résultats que les écoles traditionnelles.

Mots de la fin

C’est la seule école démocratique/ libre que j’ai visitée qui accueillait seulement des élèves du primaire. Les élèves doivent aller dans une école régulière dès la 5e année et doivent être de ce niveau. Il y a donc une pression de résultat pour les profs qui veulent que les élèves soient à un bon niveau pour réussir leur transition vers le public. Dans les autres écoles démocratiques/libres qui accueillent le secondaire, les jeunes peuvent attendre jusqu’à 14, 15 ans avant de s’intéresser au cours scolaire et peuvent alors finir leur scolarité en aussi peu que 1 ou 2 ans, il n’y a donc pas cette pression de résultat pour les jeunes enfants. L’enfant a donc le temps de réaliser par lui-même l’importance de la scolarité et initie les démarches pour obtenir son diplôme. À la Bildunsschule, cette opportunité est relativement absente et les adultes ont mis en place une structure pour s’assurer que les enfants soient au niveau pour leur 5e année. Par contre, en faisant cela, les adultes se gardent le pouvoir de décider ce qui est pertinent (le programme) pour les jeunes et leur imposent donc les apprentissages scolaires.

Jean-Simon Voghel est un jeune enseignant à la retraite. Il est également un des membres-fondateurs du RÉDAQ.

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